Alesia et dépendances

 

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Alésia : Le camp nord

 

Quoique la situation du camp nord de César soit l'objet de bien des controverses tout le monde est d'accord pour lui conférer une importance essentielle dans le dispositif romain. Le cinquième pratiquement des troupes de César l'occupe soit deux légions (VII‑83‑3), 39 cohortes à la fin du combat.
Pour que la position d'un camp soit favorable il convenait, pour peu que la topographie s'y prêtât, qu'il fût au sommet d'un relief, une colline en général, que des éclaireurs spécialisés recherchaient chaque jour pour  l'installation le soir du camp de l'armée en marche. César écrit que la position du camp était presque défavorable : deux fois il insiste (VII‑83‑2 et VII‑85‑4). D'autre part, il précise, inconvénient supplémentaire, que le camp n'avait pu être intégré à l'intérieur des circonvallations déjà fort étendues (XIV millia passum, soit environ 21 kilomètres, VII‑74‑I). César souligne que c'est sa pente qui rend l'endroit défavorable sans indiquer si celle‑ci est en direction d' Alésia ou non.
Si la position favorable pour un camp est d'être au sommet d'une colline et puisque César lui‑même dit que sa situation était presque désavantageuse on en a conclu, avec une certaine logique (principe du tiers exclu) que le camp n'était pas au sommet d'une colline. Puisque par ailleurs il n'était pas non plus en terrain plat, il était forcément à flanc de colline, sur la pente sud évidemment (vers Alésia).

Armée de secours
Alesia
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Le camp nord : 4 cas de figure

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Double mur (Maceria) et fossé intérieur
(Sermizelles)

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Double mur (Maceria) et fossé intérieur
(Sermizelles)

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Double mur (Maceria) et fossé intérieur
(Sermizelles)

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Vue prise de La Chapelle d'Orient
(Sermizelles)

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La Tour Malakoff

Double mur (Maceria) et fossé intérieur
(Sermizelles)

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Cette logique comporte des conséquences contradictoires. Si le camp nord était à flanc de colline, sa position défavorable ou presque, indiquée deux fois par César, les Gaulois étant au sommet, était bien pire : sa position est totalement défavorable. Compte tenu de l'avantage donné par une pente favorable dans le lancer du javelot cela revenait, à l' inverse, à distribuer à des soldats des fusils sans cartouche.
D'autre part si César juge indispensable d'occuper l'emplacement en question, en dehors des lignes, c'est à l'évidence pour en tirer le meilleur parti : il faut que le camp soit au sommet d'une position que les Gaulois ne doivent pas tenir.


Si le camp n'est pas en terrain plat, n'est pas non plus à flanc de colline, où pouvait‑il bien se trouver sinon au sommet d'un relief ? Or qu' écrit César à ce propos ? Si on revient au chapitre 80 du livre VII, celui de l'ultime engagement de cavalerie, il nous dit que tous les camps étaient installés au sommet de collines (cf ex omnibus castris, quae summum undique jugum tenebant  VII-80-2) et de toutes parts on voyait . II faut donc se livrer à une interprétation du texte si on y sous‑entend qu'il ne s'agirait que de tous les camps sauf le camp nord.
La solution d'Alise présente aussi l'inconvénient de situer la plaine de l'ultime bataille de cavalerie à l'ouest d' Alésia alors que les cavaliers germains iront dans leur poursuite des cavaliers gaulois attaquer et terrifier l'infanterie gauloise, sous l' oppidum derrière fossé et mur de pierres sèches, déployée à l'est (VII‑69‑5 et VII‑70‑5). « Entre le mur de pierres séches et le mur de l' oppidum"  (Benoist).


Quelle solution proposer à cette énigme ? Comment un camp peut‑il être au sommet d'une colline dans une position presque défavorable ? Une explication s'offre alors qui a entre autres l'avantage de "dessiner" en quelque sorte le terrain. Tenir une faible pente (leniter declivi VII‑83‑2) n'a d'intérêt que par la contrepartie induite d'un escarpement symétrique. Le camp nord serait à l'extrémité d'un plateau montant en légère pente terminée par un versant méridional abrupt.
Cette hypothèse, si son examen conduisait à la retenir, pourrait éventuellement permettre de déterminer un site qui éclairerait mieux les dernières décisions et manoeuvres de Vercingétorix.
Sur ce point Le Gall a écrit (après Nisard) : "Les lignes passaient à mi‑pente et au pied il y avait là un camp dans une position presque défavorable, légèrement en pente, dominé par le sommet de la colline."
Rien dans le chapitre 83 du livre VII ne justifie cette hypothèse : César veut occuper une colline sans distendre ses lignes et il ne laisse pas le choix à d'autres solutions. Le camp nord pouvait être au sommet du Réa mais dans ce cas l' inconvénient de l'emplacement souligné par César tombait. Nisard a surmonté cette contradiction par un raccourci avantageux en traduisant "paene iniquo loco" par "sur un terrain à mi‑côte", Nisard (1806‑1888) tout d'abord républicain fougueux se rallia à Louis‑Philippe, fut élu à l'Académie Française en 1850 et sous l'empire nommé inspecteur général de l'enseignement, professeur d’éloquence française à la Sorbonne et directeur de l'École Normale Supérieure.
On est tenté de penser que la traduction de Nisard incorrecte et absurde (avait‑il jamais lancé un javelot de sa vie ?) n'était pas innocente non plus sur ce point précis et important. N'a‑t‑il pas senti que les preuves trouvées sur le terrain aux Laumes ne souffriraient pas d'un appui supplémentaire ? Il est vrai que cette aide paraît d'une nature inhérente à sa cause.
César écrit que le camp nord n'a pu être intégré à l'intérieur des circonvallations (propter magnetudinem circuitus VII‑73‑2 étant donné que circuitus au VII‑69‑6 désigne l'encerclement et semble éliminer collis). Cependant lors de la bataille il ne perdra jamais le contact avec les deux légions qui le tiennent et ensuite avec Labienus qui sera parvenu comme Brutus et Fabius à rejoindre la garnison10 . Cela aurait été impossible si ce camp avait été encerclé par les Gaulois ce qui n'aurait pas manqué au Réa. En revanche une contiguïté du camp avec les autres forces romaines est possible à Sermizelles, objet de cette hypothèse.

Sur le Beustiau sont visibles les traces d'un oppidum. Bien entendu cela ne prouve rien dans un sens comme dans l'autre. Sur le camp nord des vestiges correspondant aux camps romains habituels devraient être décelables. C'est le cas. César au VII‑87‑5 écrit "aggeres neque fossae"11 . Sur l'arête dominant la N 6 un mur en ruine court, que longe un fossé vers l'intérieur. De l'autre côté du fossé on aperçoit des restes de fortifications linéaires. César en somme a refait un type de défense analogue à celui des Gaulois sur la partie est d'Alésia VII‑69‑5. A signaler des ruines de cadoles.
L'installation du camp nord à mi‑pente du Réa a aussi l'avantage pour les tenants d'Alise d'expliquer que les Gaulois aient pu se cacher sur un autre versant : en effet du haut du Réa cette approche se serait faite à la vue des Romains. Le seul abri proche dans cette hypothèse est là alors que pourtant le mont Réa n'est pas assez excentré pour justifier le 2 du 83‑VII.
En résumé l'alternative est la suivante : soit la taille de la colline interdit son intégration dans le dispositif romain soit elle est excentrique par rapport à lui. Napoléon n'a pas le choix car le mont Réa n'est ni plus ni moins loin d'Alise que les autres collines mais il ne justifie pas le "magnitudinem". A Sermizelles les deux hypothèses sont respectées.
C'est à propos du camp nord (VII‑83‑I) que César note que les Gaulois de l'armée de secours après un échec s'avisent de se renseigner sur la configuration des lieux auprès des gens les connaissant c'est à dire des gens du pays mettant fin à une insouciance qui surprendrait chez d'autres qu'eux. De surcroît les cavaliers renvoyés par Vercingétorix auraient pu les renseigner : ils n'avaient pas dû prêter attention aux environs d'un camp qui dans leur esprit était de passage ce qui va à l'encontre d'un stratagème de Vercingétorix qui n'avait pas pris soin d'occuper la colline de Sermizelles alors que, on l'a vu (L.I) Arioviste sur une échelle infiniment plus vaste avait cherché à s'emparer du point d'appui qu'était Besançon.
Enfin ne fallait‑il pas se débarrasser avant tout des Mandubiens les plus faibles : dès l'installation à Alésia si le projet était de soutenir un long siège ?

La pente à Sermizelles surplombe le village sans possibilité pour les Gaulois de s'y installer mais ce saillant pouvait être atteint de l'intérieur par les romains : César (VII-87-4) avec 4 cohortes et une partie de la cavalerie va au secours du camp nord par l'intérieur des lignes puisque l'autre partie de sa cavalerie tourne les Gaulois au contraire par l'extérieur, opposition induite par César.

Atteindre le mont Réa sans sortir des lignes était impossible à Alise. Il faut l'inclure dans les circonvallations (p.86 et 140, Alésia , Michel Reddé) en dépit de ce qu'écrit César. L'hypothèse d'un saillant concilie l'accessibilité du lieu aux Romains de la plaine et la solution de continuité précisée par César.

 

NOTE SUR LES VESTIGES DE SERMIZELLES

VII‑69‑5 ‑"Sous la muraille12 , dans cette partie de la colline qui regardait vers le soleil levant13 la totalité de cet endroit était rempli par les troupes gauloises derrière un fossé et un mur de pierres sèches de six pieds de haut" : la pente en dessous des murs de l'oppidum n'était pas abrupte comme celle du flanc ouest de la colline de Sermizelles. C'est pourquoi le mur de pierres sèches (maceria) derrière lequel s'abritaient les troupes gauloises était bordé à l'extérieur par un fossé. Lors de la bataille de cavalerie livrée à l'initiative de César (VII‑70), les cavaliers germains traverseront sans difficulté ce dispositif ce qui démontre que la pente était accessible à des chevaux lancés dans une poursuite énergique. A Sermizelles ce fossé extérieur était inutile puisque le flanc de la colline est abrupte. L'abondance des pierres sèches utilisées par les Gaulois, qui leur permettait de monter rapidement un mur, apportait les mêmes commodités aux Romains (légèreté et vitesse de construction). Cette rapidité excluait un travail de creusement de la roche. En revanche ce mur derrière lequel s'abritaient les légionnaires n'était évidemment pas appuyé par une puissante fortification à l'instar de celle de l'oppidum d'où la nécessité de monter un second mur de maceria.
Cette abondance de pierres sèches est caractéristique de la région. (Ces murs ont fait l'objet d'un recensement de l'abbé Parrat). La construction de ce mur s'est effectuée à la hâte ce qui ne milite pas en faveur d'un choix prémédité d'Alésia.

Une note de Benoist (VII‑69‑5) est de nature à remettre en cause cette analyse. Benoist écrit "maceria", un mur de pierre sèches comme à Gergovie (VII‑46‑3). En effet les fortifications de la capitale arverne excluent a priori l'idée d'improvisation liée à ce genre de matériaux facile à manipuler. Or, cela est rare, Benoist se trompe. César écrit "ex grandibus saxis sex pedum murum". La hauteur du mur est la même mais sa nature est tout à fait différente de celle du mur longeant celui de l'oppidum d'Alésia. L'argument en faveur de sa construction précépitée s'en trouve renforcée par voie de conséquence.

Proches de ces vestiges mais dans la plaine, au pied du saillant du mont d'Orient, dite de la bataille, d'autres disparus donnèrent son nom à une "rue des vieux murs". Les uns et les autres suggèrent le dilemme consacré en la matière :
a) Soit il ne reste rien de ce qu'on pensait trouver et dans le meilleur des cas la trace de cette absence, le nom de la rue, demeure la seule preuve.
b) Soit malgré la conformité de l'objet de la recherche avec le résultat de celle-ci cette reconnaissance échappe et même l'interrogation susceptible de porter le doute. Sûr d'un appui grégaire en la matière surgiront des objections dont le principe essentiel est l'infaillibilité. Celle-là par exemple : ces travaux considérables et ruinés étaient destinés à parquer des moutons; l'inverse, se garder des béliers, paraîtrait plus plausible car le délabrement du dispositif induit celui du mouton local depuis des siècles. L'abondance en murs de pierres sèches dans la région, (maceria) à la différence d'autres sites ayant abrité Alésia, conduit à penser que ces vieux murs, tels ceux du mont d'Orient avaient dû être imposants et nécessaires, au-delà du mouton, pour obtenir la consécration d'une voie au détour de quelque "agger".
Cette "macéria" est en bordure d'une pente au très fort pourcentage, comme on l'a vu. Vers la plaine il n'y a rien de pareil : la fuite des moutons étaient donc censée être empêchée par le mur du seul côté où ils ne pouvaient s'enfuir.

Cette localisation du camp nord est un corollaire de l'hypothèse qui situe Alésia au confluent de la Cure et du Cousin qui ne repose sur aucune analogie liée à l'onomastique ou éléments traditionnels : il faut admettre que c'est un désavantage au regard d'autres Alésia. Dès lors qu'ils sont connus le chemin qui y mène ne se détermine pas à partir d'un point inconnu mais à partir du but : l'arrivée donne le départ.
La proposition exposée ici est beaucoup moins vagabonde : il faut quitter les quatre coins de la France pour revenir à César et non pas à Constans, c'est à dire à son fructueux oubli de la durée du trajet de Labienus pour rejoindre César (III jours) depuis Sens (VII-62-10), et aux pauvres analyses du 'in Sequanos" du VII-66-I. Pauvres au moins pour deux raisons. On sait que Labienus fonce vers le sud d'où vient César dont le projet officiel est de retourner vers la Province :

1) Il peut y aller par le territoire sequanais puisque celui-ci est limité au sud par le confluent du Doubs et de la Saône. Aller chez les Séquanais n'est donc pas aller nécessairement à l'est.

2) A quelle latitude se situe ce confluent ? A celle de Bibracte. Où va s'installer César la campagne terminée ? A Bibracte. Il part (VII-90-I)" in Haeduos ". Partir "in Sequanos" ou "in Haeduos" était également aller au sud, préoccupation qui devait rester la sienne malgré son succès et la dispersion des légions, remarque qui ne peut que fait sourire les spécialistes qui ont décidé qu'aller "in Sequanos" était aller à l'est (Alise, Alaise, Syam) surtout lorsqu'ils ne sont pas à 20 ou 25 Km près. A vol d'oiseau Bibracte est à une soixantaine de kilomètres de la Saône. Et que les routes (VII-65-4) fussent fermées aux secours, venant du sud ne signifie pas qu'elles le fussent à César qui allait démontrer combien il s'en souciait.
Pourquoi aurait-il craint les Gaulois avec la totalité de son armée alors qu'il revenait de Gergovie qu'il avait atteint à travers la Gaule révoltée avec la moitié de ses troupes ? Sans doute le prestige gaulois est-il plus vendeur que le romain.


10 Deux légions occupaient le camp nord soit vingt cohortes. Il y eut des pertes. Cependant Labienus réunit quarante cohortes (Benoist) pour tenter une sortie.

11 Remblais et fossés ne résistent pas aux Gaulois.

12 Muraille de préférence à "rempart" mot venu du vieux français, ce qui évite un néologisme réductible.

13 Les Latins s'orientent par rapport à la position de Rome. Leur orient n'était pas exactement le même mais leur soleil était nôtre.

Mise à jour le Dimanche, 11 Avril 2010 13:04
 
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