Alesia et dépendances

 

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Alésia

 

Les arguments des historiens ou des archéologues transmis avec ferveur de génération en génération, en faveur d'un site plutôt q'un autre,  ne resistent pas en général aux critiques de la partie adverse. Certaines analogies tactiques, concevables pourquoi pas, avec l'abcès de fixation de Dien Bien Phu n'incitent pas à penser qu'il était nécessaire à Vercingétorix de choisir un site défavorable pour attendre une armée de secours (à constituer) et alors que les Lingons2 étaient alliés de Rome. Chercher un lieu assez proche d'Alise et conforme au portrait‑robot de M. Berthier sera une tentative de conciliation des deux thèses3 , il est vrai sur le thème de la Lettre Volée d'Edgar A. Poe: trouver une évidence dans un ensemble qui la contrarie. Un fait intrigue : pourquoi Vercingétorix, dès le début du siège, renvoie‑t‑il sa cavalerie ? (15 000 cavaliers) (V11‑64‑1).

Cette cavalerie bénéficiait d'un grand prestige auprès des soldats gaulois. C'était se priver de cet appoint psychologique et aussi à partir du moment où les Romains s'enfermaient à l'intérieur de leur retranchement du moyen de les empêcher de fourrager. On a évalué la cavalerie romaine à 4000 hommes. Ce chiffre paraît faible malgré le renforcement des Germains (voir plus loin). Sans doute y eut‑il des défections gauloises mais l'estimation reste à faire. Les Romains auraient combattu à un contre quatre et alors que les Gaulois (VII‑80) renforçaient leur cavalerie avec des archers et des fantassins légèrement armés. Le grand nombre des Gaulois les privait sans doute d'une aptitude à manoeuvrer qui leur fera complètement défaut lors de leur troisième défaite. Enfin le nombre des cavaliers germains semble singulièrement faible en regard des masses engagées. Ils sont 400 à la première bataille de cavalerie, plus à Alésia après les demandes de renfort de César.


On estime que 100 tonnes par jour étaient nécessaires pour nourrir les Romains. Les Gaulois avaient un mois de vivres ; avec deux mois de vivres, ils auraient sans doute embarrassé les Romains, eux mêmes sous la menace d'un siège ce que ne tentera pas l'armée de secours. A 600 kg par cheval, et malgré les pertes subies, il y avait des vivres pour un mois (par exemple, le tiers des chevaux, 5 000, aurait assuré 3 000 tonnes soit 100 tonnes par jour durant un mois. Cela valait mieux que de s'entre‑dévorer ainsi que l'envisagea Critognatus (VII-77) . La veille d'un siège, c’est curieux, d'autant plus que s'il pensait s'installer là, il avait intérêt aussi à incendier les forêts alentour (c'était le mois d'août) afin de contrarier l'édification d'ouvrages d'investissement. Les Parisiens de la même manière brûlent Lutèce et détruisent les ponts mais non les embarcations qui transporteront les trois légions de Labienus. 15 000 cavaliers environ se sont échappés de nuit, en silence sans qu'un cheval ne hennît, qu' un chien n'aboyât (qu'une oie ne cacardât). C'est étonnant : César n'a‑t‑il pas laissé ses adversaires commettre une erreur toujours bonne à prendre, révélatrice des intentions de Vercingétorix ?
II pouvait réduire le nombre de ces messagers à quelques centaines sans risquer d'encourir le reproche implicite de Napoléon à Soult déclarant qu'à Waterloo, le Duc de Neuchâtel, mieux vaut éviter l'homonymie fâcheuse ici, habituel chef d' Etat‑major, aurait su envoyer à Grouchy les estafettes nécessaires.

Une autre explication se présente alors : les courriers ne pouvaient plus traverser les lignes. Il fallait qu'une masse de cavalerie  passât en force alors que Vercingétorix constatait que l’armée romaine l'encerclait, combat à l'avantage des Gaulois tu par César. César  n'avait‑il pas enfin trouvé ce qu'il cherchait4 alors que les deux armées avaient sans doute pris l'habitude de camper non loin l'une de l'autre (avant Avaricum et après, cf.Vll‑34, marche le long de l'Allier) sans qu'il n'en résultât rien. En 58, César à la poursuite des Helvètes, avait pensé découvrir un lieu favorable pour une bataille à un endroit où ils campaient : une faute d'un de ses subordonnés (I‑21) l'en avait dissuadé. Il ne dédaignait pas d'être aux aguets de la contingence.

Alésia a‑t‑il été le lieu d'une bataille préconçue par Vercingétorix (Pratzen en tant qu'aboutissement d'un plan de ce type serait plus encourageant que Diên Biên Phu) destiné à attirer César dans un piège ?

II lui eût quand même fallu affronter les Romains dans une bataille en ligne. Or, le Gaulois n'en voulait pas (VII‑64). S'il restait enfermé dans son camp, rien ne se produisait sur le plan offensif. Il refuse (VII‑64) un renforcement de son infanterie. Il ne pense pas qu'il serait nécessaire puisqu'il écarte ce risque d'une bataille rangée.


La défaite de sa cavalerie sur la Vingeanne (VII-67 et non 66 comme indiqué dans Constans) condamnera son dernier projet, accabler César durant son mouvement vers la Province et la panique des fantassins gaulois lors de la déroute de l'ordre équestre à l'ultime engagement de cavalerie devant Alésia (VII‑70 ) est un hommage supplémentaire à sa clairvoyance.
Les vaines tentatives pour enfoncer les lignes romaines lorsque l'armée de secours sera là ne sont pas de nature à remettre en cause la pertinence du jugement de Vercingétorix. Déjà, durant le siège de Bourges (VII-19), quand il occupait son deuxième camp, il n'avait pas voulu prendre le risque d'une bataille avec les Romains d'où le commentaire méprisant de César  « inani simulatione sese ostentare cognosceret ».


A propos de la reddition de Vercingétorix, trois remarques :

1) Y eut‑il des otages ? César n'en fait pas mention. Un otage constitue un gage négociable. Les Gaulois n'ont plus rien à négocier. II n'est question que de la remise des armes et des chefs qui devaient redouter de subir le même sort qu'Acco (VII‑I), une des raisons du soulèvement de 52 (queruntur de Aconis morte ; posse hunc casum ad ipsos recidere demonstrant).

2) César a rapporté avec beaucoup de minutie le discours très énergique de Critognatus (VII‑77). La solution évoquée par ce chef gaulois consistait à dévorer certains des assiégés. Or il n'en est plus question par la suite alors que ce conseil aussi barbare soit‑il mais pas plus que certaines habitudes des Gaulois (simulacra, sort des Mandubiens) aurait permis un sursis.

3) Doit‑on se demander quelles armes sont projetées aux pieds de César ? La lecture des Commentaires montre que les armes ne sont pas laissées aux mains des vaincus, a fortiori en l'occurrence à de futurs esclaves, exception faite des Eduens et des Arvernes. La reddition des Aduatuques (II‑32‑4) donne une idée du volume important représenté par les armes remises par des vaincus. Bien qu'il en manquât un tiers, effet de la fourberie des Aduatuques, leur entassement atteignait presque le haut des remparts. On a pu écrire que César à Alésia eût été enseveli en quelques minutes. Il avait déjà échappé à un tel enfouissement.


Les décisions de Vercingétorix dans leurs apparentes contradictions (VII‑64 il réitère ses instructions en faveur d'une tactique de la terre brûlée, au VII‑66 au contraire, il passe, mal lui en prend, à l'attaque5 , au VII‑65, César demande de la cavalerie aux Germains) ne sont‑elles pas un moyen pour César de masquer ses projets véritables en faisant prononcer à Vercingétorix les discours qui lui serviront de prétextes ?
Au ch. 64 la stratégie gauloise est d' affamer les légions sans qu'il soit question d'un mouvement vers la Province comme au 66.
Mais César avait‑il au 66 plus qu'au 64 l'intention de se diriger vers la Province avant d'en avoir fini ? A Rome cet esprit offensif au détriment de la défense prioritaire de la Province eût-il été apprécié ? Dans le silence du texte on peut imaginer que l'auteur nous cache un piège tendu par César à Vercingétorix pour provoquer l'affrontement décisif, son issue du point de vue du Gaulois ne pouvant être qu'une victoire, outre qu'il ne parait pas encore une fois dans la nature du proconsul de revenir avec un échec dans ses bagages (Gergovie).

Tout le monde va se retrouver à Alésia. Cela ne garantit pas à César que l'armée de secours appelée sans discrétion par Vercingétorix ne va pas se ruer sur la Province plutôt que de venir s'enferrer à Alésia6 . Rien ne prouve que de toute manière l'armée gauloise, avec ou sans contrevallations, n'était pas encerclée sans espoir; celles‑ci comme les circonvallations constituaient une seule muraille contre l'armée de secours superflue sinon, mais aussi une cible : Lichtenberg a écrit "Si quelqu'un est assez fou pour tracer une cible sur sa porte, il se trouvera bien quelqu'un de plus fou pour tirer dessus." Hitler, contre l'avis de son état‑major, est allé se briser contre le saillant de Koursk, attractif lui aussi. César à Gergovie, avec la moitié de ses légions n'hésite pas à attaquer. César aurait-il eu à craindre un obstacle sérieux s'il avait voulu rejoindre la Province ? Certes non. Le seul serait d'imaginer qu'il pourrait y en avoir un. On a voulu l'envoyer vers Langres sous prétexte d'une crainte des Gaulois dont il serait difficile de trouver la trace dans les Commentaires.
César poursuivait un ennemi dont la tactique était de le faire courir, c'est entendu, mais qui accumulait les déboires et même dans son incapacité à profiter de ses avantages, finalement encerclé et terrifié à Alésia. Et là César attend le choc des 250.000 hommes de l'armée de secours avec l'inconvénient de devoir combattre sur deux fronts, tel Nero et Salinator à Métaure dans des circonstances plus tragiques mais tout aussi ultimes.

Si vraiment César avait l'intention de revenir dans la Province qu'a‑t‑il fait en juin et juillet7 tandis que les Gaulois réunissaient leurs forces ce qu'il évitait absolument et lorsqu'on se rappelle sa promptitude par exemple contre les Helvètes (le temps qu'ils quittent la Suisse et atteignent la Saône (I‑12), César a eu celui d'aller en Italie, de lever deux légions, d'en prendre trois qui hivernaient à Aquilée sur l'Adriatique, de revenir par les Alpes, de disperser trois peuplades qui prétendaient l'arrêter; tandis que les Suisses parcourent 150 km, il en fit 600. (Benoist).

En quoi a‑t‑il besoin de cavaliers germains qu'il faut attendre pour gagner rapidement la Province ? Certes le renforcement de sa cavalerie paraît une nécessité alors que les Gaulois renforçaient la leur mais mieux vallait encore ne pas attendre que celui‑ci fût effectif pout battre en retraite.

Les tentatives pour localiser Alésia ont en commun d'être séduisantes, leur fondement s'abritant sous la légitimité de vestiges de fortifications ou d'analogies phoniques, parfois sur les deux. Les sites conformes à la description de César sont assez rares pour qu'il soit besoin d'en reconnaître là même où l'identification n'est pas complète tel Alise soit qu'elle le fût assez pour nécessiter de multiples confrontations avec le terrain pour finalement en trouver un, tel Syam avec M. Berthier.

Ces démonstrations ont aussi en commun de déterminer un point fixe essentiellement à partir du chapitre 69 du livre VII alors qu'il peut être aussi celui de la rencontre de deux mobiles  César et Labienus dans un cas, César et les cavaliers germains dans un second, avec Vercingétorix dans un troisième.

César après Gergovie avait une priorité : rejoindre Labienus dans le Sénonais (VII‑56). Il traverse la Loire aux environs de Nevers (Bourbon ‑Lancy ?) tandis que Labienus hésite encore à Sens sur la conduite à suivre. Que fait Labienus alors qu'il sait (VII‑59) que Gergovie a été un échec ? Il part pour Lutèce sans qu'en soit encore évidente l'obligation, dans l'étau près de se resserrer des Parisiens et des Bellovaques, mouvement téméraire pour un moins habile. Il exécute assez tardivement les ordres de César en sachant qu'il ne fera pas plus mal.

La campagne éclair de Labienus, son retour à Sens, sa jonction avec César (3 jours VII‑62‑10) surtout, autorisent à penser que celui‑ci est fort avancé dans l' Yonne et désireux de remettre de l'ordre au plus vite dans la hiérarchie du succès. Derrière suit Vercingétorix avec ses fantassins (sans doute aux environs de 80 000). Sa venue à l'assemblée de Bibracte (VII‑63‑4) ne va pas à l'encontre de cette conséquence et alors qu'il va déclarer que son infanterie lui suffit (VII‑64‑2).
L' Yonne était à l'extrémité occidentale des territoires lingons; la proximité des deux armées n'a‑t‑elle pas été effective lorsque Vercingétorix remontant "ex Arvenis" (VII‑66‑1) a menacé de couper la route de César quelque part entre Bibracte et Auxerre.

On a dit qu’Alésia était sur le territoire des Séquanais et que César s’y rendait par l’extrémité du pays lingon (VII-66-2). Aller vers ne signifie pas être là. Au dernier chapitre du livre VII, le 90, César , lors de la répartition des légions en Gaule pour les quartiers d’hiver, ordonne à Labienus de partir chez les Séquanais il suffisait d’y rester et non de faire le trajet deux fois inutilement à travers le Morvan. Lorsque César écrit au VII-66-2 "in Sequanos ... fines ites fecit" (César faisait route vers le pays des Séquanais (Constans) ) il emploie "in" et l'accusatif, en revanche lorsqu'il envoie ses lieutenants à l'intérieur d'un territoire où ils se trouvent déjà il emploie "in" et l'ablatif (VII-90-7) "in Haeduis"

Par ailleurs dès la perte de sa remonte à Noviodum (VII‑55) César a su qu'il aurait un problème de cavalerie, hommes et chevaux d'où l'appel aux Germains (VII‑65). Leur arrivée (VII‑65 aussi) n'a pas dû tarder et à un point peu éloigné de celui de la rencontre avec Labienus (cantonnement de l'Yonne note Benoist 7 (VII‑63). Et la distribution des chevaux des tribuns militaires et autres personnages, des chevaliers et des "evocati" (VII‑65) aux cavaliers germains n'était elle pas aussi un signe de l'imminence de l'engagement final comme avant Montmort contre les Helvètes (I‑25) ? Vercingétorix n'était pas aveugle. Le choix d' Alésia, dans l'hagiographie de Vercingétorix, n'est certes pas un des éléments les plus démonstratifs de son génie, mesuré à l'aune d'antagonismes partisans de solutions contradictoires. En effet il n'apparaît pas clairement en quoi était plus génial d'aller à cet endroit plutôt qu' à un autre, le plus judicieux étant celui où il serait écrasé. En revanche, si on admet que Vercingétorix n'a pas perdu la tête entre les chapîtres 64 et 66 du livre VII, une autre explication, celle‑ci conforme à l'esprit de prudence propre à la tactique de l' Arverne ne peut elle être proposée ? Vercingétorix n'a‑t‑il pas attaqué César à la faveur d'une configuration du terrain qui en cas d' échec lui offrait une chance d' échapper à la poursuite durant quelque heures, le temps pour le proconsul de dépasser une position gauloise dissimulée à ses yeux et où Vercingétorix pensait que son infanterie terrifiée se croirait cachée.

Que cet oppidum, d'un petit peuple, ait échappé depuis plus de 2 000 ans à la recherche en dit  long sur l'adresse de l' Arverne, et sa connaissance du terrain ignoré par exemple des chefs de l'armée de secours (locorum peritos adhibent VII‑83‑I). Au pire il se retrouverait dans la situation précédant l'embuscade (VII‑67), dans un camp dont il ne pouvait savoir qu'il serait 1e dernier.

Les chevaux romains ont remplacé ceux d'une partie des cavaliers germains qui les avaient parfaitement dressés. Il est étonnant que les Germains eussent échangé des chevaux certes d'aspect chétif mais bien à leur main contre des bêtes qui n'auraient pas été dressées en particulier à les attendre sur place lorsqu'ils en descendaient pour combattre à pied, ce qui se passe à Alésia. On peut penser que les premiers cavaliers germains parvenus aux fortifications étaient montés sur les chevaux les plus rapides donc ceux des Romains. Ils avaient été dressés en deux mois ce qui est possible (surtout s'ils ont l'habitude de rester groupés). On peut ainsi penser que les Germains plutôt que d'arpenter l' Yonne et la Côte d'Or en plein soleil se sont astreints dans un camp à entraîner leurs nouvelles montures.

Au contraire César, pressé de faire reposer l'ensemble de ses troupes, a dû installer son camp dès qu'il a eu retrouvé Labienus, très probablement à trois jours de marche de Sens, à l'est de cette ville et dans la direction du sud, celle de Nevers probablement d'où il venait. On notera que le texte de Constans est incomplet par rapport à celui de Benoist (VII‑62‑10). Le texte complet est : « inde die III cum omnibus copiis ad Caesarem pervenit ». L'ommission de cette précision est bien entendu préjudiciable à l'analyse précise des mouvements de César. César en définitive ne redoute pas de se priver de toute mobilité en assiégeant Alésia. Pourtant il ignore ce que fera l'armée de secours (voir plus haut). Le début de la campagne de 52 (VII‑7) est marqué par un mouvement de Luctérius sur Narbonne. Le même Luctérius en 51 reprend la même tactique avec des troupes disparates qui mobilisent quand même deux légions (VIII‑30). César était‑il renseigné en sous‑main sur les intentions de l'armée de secours ? Il ne le dit pas alors que souvent il précise d'où lui viennent les informations, transfuges, prisonniers et chefs gaulois en désaccord avec d'autres factions politiques. Outre l'issue toujours incertaine d'une bataille, il arrivait de Gergovie, ce renoncement à sa mobilité surprend. En fait on a l'impression qu' il est le dos au mur. En assiégeant Alésia il évitait un retour sur la Province qui eût été un échec. Le discours de Vercingétorix à ses troupes avant le combat de cavalerie sur 1a Vingeanne montre bien le dilemme que risque de rencontrer César. Ou les troupes romaines seront encombrées par leurs bagages ou elles devront les abandonner. La honte aussi aurait été lourde à porter.

Les ambitions de César et la situation politique à Rome le condamnait à en finir sans attendre. Il n'était pas sûr que Pompée et le Sénat lui auraient donné une seconde chance après un retour en Province. Au contraire le dictateur pointait déjà sous le général et l'économie d'un triomphe ne leur répugnait sans doute pas. Déjà à Alésia  le Rubicon était‑il la troisième rivière. Alésia, il suffit de lire le discours de Vercingétorix (VII‑66) aux chefs de sa cavalerie, n'a en rien été le terrain choisi par celui‑ci en prévision d'un affrontement majeur mais un camp de refuge qu'il pensait provisoire. Il a voulu une bataille de cavalerie (non de cavaliers "car personne parmi les cavaliers romains n'oserait seulement quitter les rangs de l'armée") qui priverait les Romains de l'approvisionnement nécessaire et de leur honneur. L'Arverne ignorait la présence des cavaliers germains a‑t‑on dit. La déroute de Noviodum (Biturigum) (VII‑I3) aurait dû le rendre méfiant.

 

DRAPPES ET LUCTERIUS MARCHENT SUR LA PROVINCE
VIII‑30 (Traduction)

(L'armée de secours n'a pas tenté ce qu'avait fait Luctérius (VII‑7) et qu'il refait en 51: marcher sur la province.)

 

 

1‑ Après cette déroute8 (des Gaulois) il apparut que le Sénonais Drappès s'apprêtait à marcher sur la Province. Au début de la révolte des Gaulois il avait réuni des hommes perdus venus de toutes parts, des esclaves à qui on avait promis la liberté, accueilli des exclus de toutes les cités avec lesquels il avait intercepté les bagages et le ravitaillement des Romains. Il y adjoignit un peu plus de deux mille soldats échappés à la déroute. II associa à ce projet le Cadurque Luctérius, qui, comme on le sait grâce aux Commentaires à la première défection de la Gaule avait tenté une offensive contre la Province. (Constans ‑ VII‑5‑I ‑ omet de traduire "summa hominem audaciae") . Il fallait pourtant de l'audace,surtout pour cette seconde tentative; il s'agissait de prendre César de vitesse).
2 -  Le légat Caninius entreprit de les poursuivre afin de ne pas être pris de court par la grande infamie et les brigandages infligés à une Province terrifiée.

Hirtius

 

ALESIA (Traduction)
VII‑68‑2 : César après avoir laissé sur une colline proche deux légions à la garde des bagages qu'il ne prenait pas, suivant l'ennemi et lui ayant tué environ trois mille hommes de son arrière‑garde, parvint le jour d'après au camp d' Alésia.
3 ‑ Ayant vu l'emplacement de la ville et la terreur des ennemis, parce que leur cavalerie en qui l'armée avait une très grande confiance avait été repoussée, il exhorta ses soldats au travail et entreprit des circonvallations.

VII‑69‑1: Cet oppidum d'Alésia était au sommet d'une colline très élevée, de telle sorte, qu'on voyait qu'elle était imprenable sauf en en faisant le siège.
2 ‑ Deux cours d'eau baignaient des deux côtés le pied de la colline.
3 ‑ Devant l' oppidum s'étendait une plaine d'environ 4,5 km de longueur.
4 ‑ De tous les autres côtés des collines, à peu de distance, d'une égale hauteur, entouraient l' oppidum.
5 ‑ Sous l'enceinte, dans cette partie de la colline qui regardait vers l'est, tout l'espace était rempli par les troupes gauloises et ils avaient aménagé un fossé et un mur de pierres sèches de 6 pieds de haut.
6 ‑ Les lignes d'investissement romaines étaient longues de 16,5 Km.
7 ‑ Des camps avaient été établis aux endroits stratégiques et en même temps 23 redoutes où des détachements se tenaient le jour afin d'éviter toute surprise. Des sentinelles et de forts détachements les occupaient la nuit.

César

 

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Confluent de La Cure et du Cousin
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Champ de la bataille,
Le Beustiau dans le fond
Le Beustiau

 

LE RETOUR DE CESAR EN GAULE (52)

La révolte de Vercingétorix qui l'imposait en tant que chef unique de celle‑ci, a sonné le glas d'une stratégie et de l'homme qui l'avait illustrée, Ambiorix, qui au demeurant a renoncé à la lutte et a demandé aux Eburons de se mettre à l'abri (VI‑3I). César est en Italie. Il décide de la quitter Pompée étant capable de maintenir seul le calme après l'élimination de Clodius par Milon. Il écrit "virtute Cn. Pompéi". Benoist estime qu'il faut rendre simplement par "grâce à Pompée", Constans par "grâce à la fermeté de Pompée". Benoist semble juger implicitement que la situation est suffisamment tendue entre les deux hommes pour que César n'en soit plus à évoquer une qualité, l'énergie, du consul unique. Benoist juge cependant que la brouille n'est pas consommée. On peut en déduire aussi sans solliciter le texte que si Pompée avait eu des difficultés à rétablir l'ordre, César serait resté en Italie. I1 avait besoin de son armée pour faire le poids face au Sénat et à Pompée (problème qui se posera avec acuité en 51 lorsque le Sénat lui reprendra deux légions pour l'affaiblir ce dont il ne fut pas dupe). Etait‑il très sûr des intentions de Labienus à son égard ? Les Gaulois connaissaient la situation à Rome. César avait sans doute plus besoin de son armée qu'elle de lui. Labienus était fort capable de ramener les légions : contre les Parisiens et les Bellovaques, avec en fait quatre légions il se tire brillamment de la situation périlleuse où l'avait mis César. Il n'est donc pas interdit de penser qu'il aurait aussi bien réussi avec le double sinon le triple de soldats à revenir dans la Province. Tout cela incline à penser que César ne ment pas mais choisit sa vérité et l'impose au lecteur.
Son intention affichée est de protéger la Province. En  reve­nir sans en avoir fini avec Vercingétorix paraît exclu. En somme Vercingétorix a servi ses projets en lui offrant 80.000 fantassins en qui il était le premier à ne pas avoir confiance. Et les efforts inouïs fournis par César pour rejoindre son armée (en particulier la traversée des Cévennes malgré 6 pieds de neige VII‑8‑2) suggèrent que la geste triomphe afin de dissimuler les vrais projets de l'auteur soi‑disant pressé de secourir la Province alors qu'il n'est pas attaqué et y renonce lorsqu'il l'est et alors que l'ennemi est en fuite mais l'obli­gerait à cerner Alésia au détriment d'un retour soudain oublié.
César regroupe ses troupes chez les Lingons au début de ce 7ème livre. La campagne se terminera chez eux. Deux légions ont hiberné là ce qui implique des fortifications destinées à durer, un ensemble habité puisque les troupes vivent sur l'habitant, une possibilité d'extention du camp puisque 8 légions vont le rejoindre (6 en provenance du S énonais et 2 de la frontière des Trèves ("Reliquas legiones VII‑9‑5".)

Alors que selon toute vraisemblance Ambiorix courait toujours, que Vercingétorix commençait à mener campagne, César n'avait pas de raison de rester à Rome, bien plus aucun prétexte à la faire.

 

QUESTIONS DE TEMPS

C'est presque incidemment que César annonce (VII‑34) qu'il scinde en deux son armée : six légions sous les ordres de Labiénus partent vers Sens et Paris, les six autres, sous ses ordres se lancent à la poursuite de Vercingétorix (Il répartit la cavalerie entre Labiénus et lui). Cette décision est à vrai dire déconcertante : au chapitre I9(VII) il se refuse à affronter l'armée gauloise, sans son chef, avec l'ensemble de ses légions et alors que de son aveu même le camp gaulois n'est pas sur une position très forte en tout cas moins redoutable d'accès que Gergovie.
César, s'il tient en haleine son lecteur, une fois de plus reste peu explicite sur certains aspects de sa tactique. Il ne l'est pas non plus sur celle de son adversaire. Sa décision constituait une chance inattendue pour Vercingétorix . Il se retrouve face à une armée réduite de moitié à laquelle il échappa facilement grâce aux problèmes posés par les Eduens. Il s'ensuit, le long de l'Allier, et de chaque côté de celle-ci, une poursuite dans laquelle César trompera la vigilance de Vercingétorix qui en définitive se réfugie à Gergovie ce qui constitue au demeurant un échec de sa tactique.

Après la déconfiture de la cavalerie gauloise (VII‑67) le récit de César conduit à l'inéluctabilité (c'est lui qui la suggère) de l'enfermement des Gaulois dans Alésia, coup de génie spontané pour les uns, résultat d'un plan concerté pour les autres. César, lui, insiste sur l'état moral de l'infanterie gauloise qui ne devait quand même pas être éprouvée physiquement par les batailles qu'elle n'avait pas livrées. Vercingétorix jusque là, chaque fois qu'il avait levé un camp avait échappé à César. A‑t‑il cru que comme par exemple au chapitre I9(VII) ou à Gergovie César renoncerait ? Comptait‑il sur l'intervention de l'armée de secours dans des délais propres à ce qu'elle découvrît des assiégés morts de faim ? Vercingétorix avait après 1e combat de cavalerie de 67‑VII plus de temps pour se mettre à l'abri que dans le reste de la campagne et, on reprend l'exemple ci‑dessus, quand César, le talonnant sur les bords de l'Allier, le surprenait.

Pourtant les Gaulois savaient prendre leurs distances. Pourquoi Alésia ? "Ils pouvaient creuser l'écart". L'exégèse, au sujet du délai nécessaire à César pour atteindre Alésia, a compté une journée ou deux (Napoléon III) à propos du fameux "altero die" du 68‑2 du livre VII : les Gaulois avaient un ou deux campements d'avance. Napoléon Ier disait que le fuyard allait plus vite, dans son angoisse d'être rattrapé, que le poursuivant dans sa volonté de le rejoindre. Il fallait que "altero die" dans les calculs de Napoléon III octroyât deux jours soit deux ou trois étapes pour qu'il soit possible de rallier Alésia à 90 km. Constans traduit par le lendemain.
Ces décisions inexpliquées, une de César, deux de son adversaire ajoutent au mystère d'Alésia et alors qu'on connaît la valeur des deux adversaires c'est‑à‑dire l'absence de place laissée à l'incompétence.

ITA INTERMISSA EST (VII‑70)

Les collines qui entouraient Alésia faisaient place à une plaine devant l'oppidum (ante id oppidum), César précise que là où ne s'étend pas cette plaine de toutes parts (VII-69‑4) des collines ceignaient (cingebant) celui‑ci.
Benoist et Constans traduisent ce passage ainsi : Benoist écrit en note (VII‑70‑I) "intermissam collibus" "laissée libre par les collines" ou qui s'étendait entre les collines. Constans le rejoint. Il traduit : (Un combat de cavalerie eut lieu) "dans la plaine qui, comme nous l'avons expliqué tout à l'heure, s'étendait entre les collines" (sur une longueur de trois mille pas). César n'a pas écrit cela mais que devant Alésia s'étendait une plaine, sans se référer à des collines qui auraient entouré la plaine.
La plaine est interrompue (intermissa) par les collines ou des collines : le participe passé "interrompue" pour traduire "intermissa" est celui qui est appliqué 30 lignes plus loin (VII‑7I‑5) à propos des fortifications romaines.
Pourquoi en VII‑70‑I César répéterait‑il mot à mot ce qu'il vient d'écrire en VII‑69‑I sinon pour ajouter une indication supplémentaire ? Il n'est pas homme à se répéter.
Comment expliquer cet "intermissa collibus" si l'on veut bien admettre que Constans s'éloigne du texte latin en écrivant que la plaine "s'étendait entre les collines". En note il précise que le site d'Alise peut être considéré désormais avec certitude comme celui d'Alésia. Alors quel besoin de cette extrapolation sinon parceque ces collines dans la plaine le dérangent ? Les collines faisaient place à une plaine, voilà ce qu'écrit César. En fait si la plaine est interrompue c'est par une seule colline devant laquelle elle s'étend, celle d'Alésia. Soit colline doit être au singulier soit il s'agit de collines dont César précise la présence dans la plaine.

En résumé seule une colline interrompait la plaine et celle dont il s'agissait excluait un pluriel qui ne peut concerner que d'autres collines que celles qui auraient soit‑disant entouré la plaine.

L'analyse qui précède se résume ainsi  :
I)      "Intermissa" signifie interrompue non s'étendait.
2)     Interruption provoquée soit par la colline d'Alésia (singulier)
3)     Soit par des collines dont César nous apprend l'existence dans la plaine.

La plaine des Laumes ne comporte pas de collines intérieures (voir Alise, point 2. de Quelles sont les différences entre Alise et Alésia ? ) alors que celle d'Alésia est "entrecoupée de collines" (HAUMONT, Archiviste, Paléographe , BONNOT 1970 ) .

 

MANIERE DONT LES GAULOIS CONSTRUISAIENT LEURS MURAILLES

VII‑23‑I ‑ Tous les murs gaulois d'autre part sont à peu près9 construits ainsi :
(1)Des poutres perpendiculaires à la direction du mur sont disposées sur le sol sans interruption sur toute sa longueur à un intervalle de deux pieds.
(2) Elles sont reliées à l'intérieur et couvertes d'un fort terrassement ; les intervalles dont nous avons parlé sont comblés avec de grandes pierres sur la face extérieure.
(3)  Cet ensemble rendu compact, une autre épaisseur est ajoutée, afin que le même intervalle soit gardé et que les poutres ne se touchent pas entre elles mais soient séparées par des espaces égaux ; les pierres étant adaptées les unes aux autres sont fixées grâce à ce dispositif.
(4) Ainsi par la suite : tout l'ouvrage est assemblé jusqu'à ce que la hauteur de la muraille soit portée à sa hauteur normale.
(5)  L’aspect de ces murailles en raison de leur variété n'est pas désagréable. L'alternance des poutres et des pierres grâce à leur disposition rectiligne contribue à donner une apparence ordonnée alors que la défense des villes en est très renforcée : la pierre protège des incendies, le bois (par sa souplesse) du bélier. L'assemblage de bois, avec à l'intérieur ses poutres reliées d'environ quarante pieds ne peut être ni brisé ni arraché.

César

Voilà donc la description du mur gaulois, donnée par César mais les murs gaulois pouvaient être de nature différente, ainsi à Gergovie où il est question d'un mur de six pieds de haut monté avec de grandes pierres ou d'un autre à Alésia, de même hauteur, construit en pierres sèches. La nécessité imposée par les circonstances pouvait aller à l'encontre du cadre étroit d'une définition trop élémentaire pour ne pas être insuffisante. Ou si l'on préfère les Gaulois savaient construire des murs qui n'étaient pas gaulois.
Il est vrai que dans une approche inverse, des murs gallo-romains ont pu être considérés comme une preuve de la seule présence gauloise avant la conquête romaine ...

 



2 Il est d'ailleurs curieux que dans ces circonstances si périlleuses pour les Romains, César n'ait pas renouvelé auprès des Lingons l'interdiction d'aider Vercingétorix qu'il leur avait faite à propos des Helvètes (I‑26) et d'autant plus qu'ici il s'agissait des Gaulois et non d'envahisseurs.

3 La description d'Alésia figure au chapitre 69 (VII). Elle est en quelque sorte le plus petit‑commun multiple offert aux différentes hypothèses. Elle est suffisamment vague pour cela : voir des indications comme "une plaine devant l'oppidum", ou "des collines à peu de distance" (traduction Constans) ou moyenne distance. César, au fur et à mesure du déroulement de l'action commente avec des précisions très sélectives : par exemple sur l'orientation de la plaine, son relief, le camp nord, l'altitude des collines autour de l'oppidum, sur son accessibilité.

4 Ce qui ne doit rien à la conjecture « Sive obsidione premere posset » (VII-32-2)

5 Après Gergovie les Gaulois croient que César décampe vers la Province. La nécessité de le détruire ne les guide pas alors qu'il n'a que six légions (VII‑56).

6 Lucterius VII-7.

7 Cf. Contans p 259

8 Défaite des Andes et de Dumnacus par Fabius.    
Cette préoccupation d'attirer César vers la Province ne quitte pas Vercingétorix. Ainsi au ch. 64 du livre VII‑4 César écrit que Vercingétorix envoie des Eduens et des Ségusiaves avec 800 cavaliers vers la Province afin de la ravager.

9 Constans traduit, avec Benoist, "fere" par en général qui n'est pas compatible avec tous.

Mise à jour le Dimanche, 11 Avril 2010 11:44
 
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