Alesia et dépendances

 

A propos d'Alésia

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Détours en Gaule

 

Comparer la Gaule et la France jusqu'à les assimiler est une tentation compréhensible. Nos autres ancêtres ne sont plus là pour contester cette maternité. L'aptitude des Gaulois à se diviser (voir ci‑après traduction du VI‑II) permet à leurs successeurs de choisir ce qui est susceptible de les opposer, par exemple ceci : ils donnèrent leur nom à la Gaule, la France donne le sien à ses habitants, différence essentielle. On se fait une certaine idée de la France mais les Français estiment, tels les Gaulois, appartenir aussi à une origine moins officielle: basque, alsacienne, corse, normande, bretonne. Où on croit déceler une analogie en raison de cette diversité réside l'évidence d'une indéniable fragilité éthnique : c'est parce que c'est pareil que c'est différent. Etre français est du même ordre qu'être vrai parisien : qui n'a pas eu un professeur d'histoire qui interrogeait, à Paris, sa classe pour connaître les élèves ayant des grands‑parents parisiens. Un certain prestige s'attachait dès lors aux bénéficiaires d'une origine si lointaine et si rare alors que la question du professeur en éveillant les esprits, remettait en question ce qui était acquis (être parisien) un quart d'heure avant.

Il ne serait pas commode de départager les tenants de la disparition de Paris par celle des vrais parisiens (les artisans de 10e, du 11e, du 18e) des partisans du Paris éternel (à l' image de l'Obélisque) lieu concepteur de ses créateurs.

Déjà à l'approche de Labienus en Juin 52 (VII‑61‑3 note Benoist) les Parisiens (ils donnèrent leur nom à Paris) détruisent Lutèce avant de l'être par le lieutenant de César qu'il va retrouver avant Alésia.

Chercher un sens au siège d'Alésia en tant qu'événement majeur de l'histoire de la Gaule requiert de tenter de savoir comment définir celle‑ci : elle pouvait, on l'a affirmé, ne pas exister. C'est poser le problème à l'envers : elle correspondrait à une idée préconçue de ce qu'elle aurait dû être pour que soit reconnue son identité suivant des critères qui tendent à en faire une ébauche plus ou moins accomplie de la France, propre à servir les desseins de tous ordres issus de ceux impériaux de leur origine. Alésia devenait le lieu d'un événement majeur de l'histoire de France en entrant dans celle de l'empire romain ce qui n'assurait pas nécessairement la continuité du lien ni ne constituait non plus un événement trop tragique pour l'ensemble des Gaulois débarrassés des druides et prêts à succomber (sauf les Bellovaques) aux charmes de la Province. La volonté d'être gaulois cédait devant celle de cesser d'être servile.

Plutôt que d'examiner la Gaule à la lumière d'une empathie de circonstance mieux vaut s'en tenir à César. Déjà celui‑ci en donne deux définitions, celle du Livre 1 chapitre I, celle du Livre VII chapitre 75 où "toute la Gaule" s'arme. Cette Gaule‑ci comprend des Bellovaques et les Helvètes. Les soldats qui constituent les contingents des cités (on laissera de côté les velléités belges) se veulent, bon gré mal gré, défenseurs de la Gaule : l'être créérait‑il l'état ? Ces notions d'état, de peuple, de nation n'échappaient pas aux Romains. Un état gaulois aurait sans doute fait sourire Cicéron : il y voit plus des peuples d'individus braillards, vantards, brutaux et menteurs, (cf par exemple le Pro Fonteio) mais craignait qu'une guerre "fédérative" des Gaulois contre l'hégémonie romaine représentée en définitive par César marchandant l'aide éduenne, (VII‑34‑I) sur la base d'une Gaule désunie . Elle existe mais elle va disparaître, elle existe parce qu'elle va disparaître par la volonté de César qui nomme sa victime au delà d'un quelconque agglomérat.
Rome craignait les Gaulois, craignait‑elle la Gaule si divisée ? Ainsi un de ses peuples parmi les plus importants, les Eduens, ami du peuple romain, titre reçu du Sénat, combattit avec César contre les autres Gaulois pour ne l'abandonner qu'en 52. Si Alésia a cette importance symbolique c'est aussi parce que son choix, mythe soigneusement entretenu, serait le fruit du génie de Vercingétorix ; c'est contraire comme on l'a vu au texte : son infanterie veut fuir les Romains. La ratière n'est pas la preuve du génie du rat : César comprend tout de suite qu'il pouvait y boucler les Gaulois et y attendre l'armée de secours pour en finir avec la Gaule. Le grand mystère n'est pas situé à Alésia : il est dans l'incroyable changement de tactique de Vercingétorix

La Gaule a existé, comme les territoires éduens, par métonymie, ainsi que l'écrit Benoist au sujet des Eduens. Avec Rome la Gaule trouvait son écriture c'est à dire son histoire.

La guerre des Gaules permet de juger des mérites comparés de César, Ambiorix, Labienus, Vercingétorix. Un autre fut fort soucieux de ne pas être inférieur à César, Napoléon. Caulaincourt et Chateaubriand le jugèrent en dessous de tout dans la retraite. C'est là que César fut le plus redoutable, à Montmort puis à Alésia (quelles qu’aient été ses intentions dans ce dernier cas). Ses adversaires préjugèrent de leurs forces, trompés par son apparente faiblesse.

Lorsque César se dirige vers la Province (VII‑66‑2) en 52 ses bagages sont alourdis par le butin amassé chez les Bituriges, clients des Eduens très déçus d'être privés du commandement suprême, dévolu à Vercingétorix de par le vote des Gaulois. Vercingétorix a‑t‑il cédé aux supplications des Bituriges appuyés par les Eduens, leur offrant en quelque sorte une compensation ? Tout se passe comme s'il en était ainsi et les bagages des Romains presqu'à coup sûr, pense‑t‑il, abandonnés par eux (Relictis impedimentis ‑ VII‑66‑5). Erreur de jugement fatal qui met fin à une tactique efficace, toute fondée sur la retraite et une mobilité surprenante surtout contre un homme qui sans cesse a sous la plume et sous les pieds de ses soldats l'adverbe "celeriter".

Cette Gaule dont les contours suivent les desseins de l'histoire était bien connue de l'Arverne : il y dirige son armée avec habileté. Il connaît Alésia et avait plus de chance de se rappeler le Cousin et la Cure que des filets d'eau qu'iront grossir des flots d'encre. Ce savoir géographique qui conduit à dire que, même si la Gaule n'a pas existé, il la connaît fort bien, lui permet de concevoir et d'entreprendre en partie une campagne qui fait courir 1es Romains et ne laisse rien derrière elle. Il rappelle (VII‑20‑6) qu'il est parmi les rares qui connaissaient l'endroit pour installer le camp gaulois le plus proche d'Avaricum, à savoir le plus élevé.

Ce fut pour lui un argument quand les Gaulois l'accusèrent de trahison entre autres parce qu'ils sont stupéfaits de voir César surgir comme par enchantement et venir assiéger (en vain) leur camp en l'absence de leur chef.

Après le combat de cavalerie Vercingétorix ramène ses troupes à son camp, part vers Alésia en ordonnant que les bagages suivent rapidement ce qui les rend vulnérables à un coup de main des Romains. Certes Vercingétorix sait où il va. Il semble savoir que César négligera ses bagages (le massacre de 3.000 Gaulois de l'arrière‑garde ne parait qu'une péripétie sans rapport avec l'enjeu). 0u bien ce quasi abandon des bagages le prive de l'honneur qu'il refusait à César "dignitate spoliatum iri" (VII‑66‑I). César sait que les Gaulois ne vont pas loin puisque pour les poursuivre il laisse ses bagages sous la protection de 2 légions. Plus rapide à rejoindre Alésia Vercingétorix pouvait se mettre hors de portée, se cacher ou bien espérer que César n'entreprendrait pas ce siège démesuré.

Dans la clairvoyance de César à propos des mouvements des Gaulois sourdait de la divination (de même qu'au VII‑I9 la disparition de Vercingétorix et l'apparition de César parut étonnante aux Gaulois). Quelle est la part du renseignement ou de la trahison ? Trois Eduens de la plus haute origine sont capturés au combat de cavalerie du VII‑67 (Erreur de Constans qui titre au 66)

Cette unanimité dans le refus de la mort (cf. les déclarations héroïques avant le combat), de la fuite de la part d'hommes qui avaient combattu pour César pendant sept ans, depuis qu'il les avait débarrasés de l'emprise séquanaise, intrigue.

Les Commentaires apparaissent non pas comme un tissu de mensonges mais comme une dentelle dont les desseins maintiennent en place les vides voulus par César. Ils ne le desservent pas. I1 a ses détours.

Vercingétorix bat en retraite sur Alésia : César l'y suit et l'y assiège. (Benoist)

VII‑68
1. Une fois toute sa cavalerie enfuie Vercingétorix ramena ses troupes puisqu'il les avait disposées devant son camp et sans délai, s'engage sur la route d'Alésia, oppidum des Mandubiens et ordonna que les bagages quittent rapidement le camp et le suivent.
2. César ayant laissé deux légions à la garde des bagages regroupés sur la colline la pluse proche, poursuivant l'ennemi tant qu'il fit jour, aprés avoir tué environ 3000 hommes de l'arrière‑garde de l'ennemi, parcourut une étape pour atteindre Alésia le jour suivant .
3. A la vue de la position de 1a ville et de l'épouvante des ennemis provoquée par l'échec de leur cavalerie qui constituait la meilleure partie de leur armée, exhortant les soldats au travail, il décide les travaux du siège.

César

Cette contestation de César ou au contraire la confiance qu'on lui fait varient donc on le voit en fonction des thèses qu'on tend à vouloir lui imposer. "Le pouvoir sans abus perd du charme".(Paul Valéry). Certes la préoccupation première de César ne parait pas résider dans la volonté d'éclairer le lecteur par des explications qu'on attend, superflues à ses yeux. Le chapitre  68 ci‑dessus ne comporte‑t‑il pas des sujets d'interrogations possibles à commencer par l'ablatif absolu liminaire : est‑ce ironie ou non ? La fuite de sa cavalerie n'avait elle pas des aspects positifs pour Vercingétorix dans une alternative tortueuse ? Si elle l'emportait, tant mieux, sinon certaines ambitions ne s'en trouveraient‑elles pas tempérées ? Le doute est permis. Pourquoi, nouvelle énigme, l'infanterie gauloise n'intervient‑elle pas pendant le combat alors qu'il la place devant son camp (VII‑66‑6) en guise d'encouragement ? César à l'inverse soutiendra sa cavalerie par les mouvements de ses légions. Il y eut, il se justifiera jusqu'à la fin, des circonstances où Vercingétorix redouta autant son opposition interne que le péril romain, utile pour accéder au pouvoir que lui disputaient les Eduens.

Les hypothèses exprimées ici sembleront futiles devant les objections de partisans de solutions plus radicales soucieuses de démontrer que rien de vraiment sérieux n'autorise à penser que César écrivit les Commentaires. Il est vrai que ceux‑ci (et leurs mystères) perdent de leur intérêt s'ils furent une oeuvre apocryphe, d'un moine par exemple du 7e ou 8e siècle mais cela postule‑t‑il forcément leur inanité : le jeu de miroir ne se poursuit‑il pas en sens inverse ?  A un César manipulateur ne s'opposerait‑il pas un mystificateur scrupuleux ?. Ce refus, à vrai dire gratuit, quoique se parant des vertus d'une rigueur absolue, se dissout de lui‑même si on le pousse au bout de ses conséquences. En outre il se doit de surmonter quelques difficultés.

Ainsi César qui (avec Cicéron) a été un pilier du latin classique n'aurait existé littérairement que des siècles après sa mort ce qui ne laisse pas d'être un cas étonnant de réversibilité du temps. Cela revient aussi à soutenir qu'un génie littéraire n'existât que par un double et à douter par voie de conséquence de toute littérature classique latine (surtout si elle fit référence à César)
Une pareille remise en cause, survenant ex nihilo, a le mérite d'éviter de se poser les vraies questions en se posant celles qui ne se posent pas.

Une telle attitude implique de se prêter un savoir supérieur à celui de ses devanciers ce qui reste à prouver d'une manière générale alors que certains points précis insurmontés disparaîtraient sans autre forme de procès.
« Tua argumenta explicationem illustrem desiderant. » Vos arguments ont besoin d'une explication claire.

 

DESCRIPTION ETHNOGRAPHIQUE ET GEOGRAPHIQUE DE LA GAULE. (Benoist)

1‑I
1. La Gaule dans son ensemble est divisée en trois parties, une qu'habitent les Belges, l'autre les Aquitains, la troisième qu'habitent les Celtes ainsi qu'ils le disent dans leur langue et que nous nommons dans la nôtre, Gaulois.
2. Tous diffèrent entre eux par la langue, les institutions et les lois. La Garonne sépare les Gaulois des Aquitains, la Marne et la Seine des Belges.
3. Les Belges sont les plus courageux de tous en raison de leur plus grand éloignement de la Province et du raffinement de ses moeurs. Les marchands passent très peu souvent chez eux et ne leur apportent pas tous ces produits propres à efféminer l'âme. En outre ils sont très proches des Germains qui habitent au‑delà du Rhin et avec qui ils sont continuellement en guerre.
4. Pour cette raison les Helvètes aussi devancent les autres Gaulois par leur courage parce que presque chaque jour ils soutiennent des combats avec les Germains soit qu'ils leur interdisent leurs territoires soit qu'ils portent la guerre sur les territoires de ceux‑ci.
5. La seule partie dont on a dit que les Gaulois se rendirent maîtres commence du côté du Rhône, est bornée par la Garonne, par l'Océan, et les territoires belges, touche même au Rhin du côté des Séquanais et des Helvètes ; elle est tournée vers le nord.
6. Les Belges se trouvent à l'extrémité des territoires de la Gaule ; ils s'étendent vers la partie inférieure du Rhin ; ils regardent vers le nord et l'est.
7. L'Aquitaine s'étend de la Garonne vers les Pyrénées et la partie de l'Océan qui est près de l'Espagne ; elle est orientée vers l'ouest et le nord.

César.

 


Benoist :

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A LA DEMANDE DE VERCINGETORIX, TOUTE LA GAULE S'ARME : CONTINGENT IMPOSE A CHAQUE ETAT. (Titre de Benoist)

VII‑75
1. Pendant que ces événements se déroulaient à Alésia, les Gaulois réunirent une assemblée des chefs. Ils décident de convoquer non pas tous ceux capables de porter les armes comme l'avait jugé Vercingétorix, mais un certain nombre d'hommes de chaque nation, pour qu'un si grand amalgame ne puisse gêner les manoeuvres ni être un empêchement pour distinguer les siens et afin de ne pas compromettre l'approvisionnement en blé.
2. Ils exigent 35.000 hommes des Eduens et de leurs clients, les Ségusiaves, les Ambivarètes, les Aulerces Brannovices, les Branoviens ; un nombre égal des Arvernes, renforcés des Eleutètes, des Cadurques, des Gabales, des Vellaves qui ont l'habitude d'être soumis à l'autorité des Arvernes.
3. Des Séquanais, des Senonais, des Bituriges, des Santons, des Ruténes, des Carnutes 12.000, des Bellovaques 10.000; 8.000 des Pictons, des Turons, des Parisiens, des Helvètes; 6.000 des Andes, des Ambiens, des Mediomatrices, des Petrocoriens, des Nerviens, des Morins, des Nitiobriges 5.000; des Orins; des Nitiobriges 5.000 ; autant des Aulerques Cenomaniens, des Atrabates 4.000 ; des Veliocasses la même chose ; des Lemovices et des Aulerques Eburoviens 3.000 ; des Rauraces et des Boiens 2.000 ;
4. 30.000 de toutes les cités qui touchent à l'océan qu'on nomme d'habitude les Armoricains au nombre desquels sont les Coriosolites, les Redoniens, les Ambibars, les Calètes, les Osismes, les Lexoviens, les Unelliens.
5. Les Bellovaques n'envoyèrent pas leur contingent au complet. Ils disaient qu'ils ne faisaient la guerre aux Romains que sur leur seule décision et qu'ils n'avaient d'ordre à recevoir de personne ; sur la sollicitation de Commius et en raison de ses liens d'hospitalité ils envoyèrent 2.000 hommes.

 

EXISTENCE DE DEUX GRANDS PARTIS EN GAULE. (Benoist)

VI‑11
1. Puisque nous en sommes arrivés ici, il n'est pas hors du sujet de traiter des moeurs de la Gaule et de la Germanie, et, parce que ces nations diffèrent entre elles de les présenter.
2. En Gaule, non seulement dans toutes les cités mais même dans tous les cantons et parties de la cité et de surcroît presque dans chaque famille existent des clans ,
3. Les chefs de ces factions sont ceux qu'ils considèrent avoir la plus haute autorité en matière de justice et ils leur appartient d'arbitrer et de juger dans les affaires ou de donner des conseils.
4. Cet usage est en vigueur depuis l'antiquité afin que chacun dans le peuple bénéficie d'une aide contre de plus puissants : en effet il n'est personne qui souffre que les siens soient accablés et abusés et, s'il en allait autrement, son autorité serait nulle.
5. Cette règle s'applique à l'ensemble de la Gaule ; en effet toutes les cités sont partagées en deux factions.

César

 

 

Mise à jour le Lundi, 12 Avril 2010 17:47
 
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